Bonjour chers lecteurs ! Le blog de Similaré s’intéresse cette semaine à une initiative musicale originale qui a retenu toute notre attention.

Imaginez une chanteuse Blues, un guitariste manouche, un contrebassiste jazz, un joueur de cithare vietnamienne et un batteur de métal qui auraient la drôle d’idée de jouer ensemble ?

Non vous ne rêvez pas, bienvenue sur Music League !
Music League est une nouvelle émission vidéo sur YouTube dont l’idée est de réunir des musiciens aux horizons musicaux complètement différents dans un studio professionnel. Ces musiciens qui ne se sont jamais vu auparavant vont devoir composer et enregistrer ensemble une chanson en une seule journée ! Vous pourrez apprécier durant chaque épisode la chanson résultant du mariage de tous ces styles musicaux. C’est aussi l’opportunité de découvrir de brillants musiciens aux parcours très variés et d’observer en tant que privilégiés les coulisses de la création musicale.

Nous vous invitons sans plus attendre à découvrir l’épisode 1 qui est sorti il y a 2 semaines. Nous pouvions y découvrir la chanteuse Blues/Jazz Oxy Hart, le guitariste manouche Olivier Kikteff (les doigts de l’homme), Tri Nguyen à la cithare Vietnamienne, Xavier Leloux contrebassiste jazz, et Guillaume Triquet batteur metal de formation classique (qui pour l’épisode a joué du cajon).
Music League, c’est avant tout une équipe de bénévoles passionnés qui font vivre ce projet d’une manière totalement indépendante. Ce sont des musiciens, des cadreurs, des monteurs, des ingénieurs du son (et bien d’autres !) qui se retrouvent une fois par an pour tourner cette émission en toute humilité au service de la création musicale.

Mais l’équipe du Music League n’en est pas à son coup d’essai. En effet, ce sont eux qui étaient à l’origine du « Metal Versus Tournament », projet musical similaire qui était par contre uniquement confiné aux styles de la grande famille du Metal. Deux excellentes saisons avec 8 épisodes en tout avaient vu le jour. Amateurs de gros son, courez les voir si ce n’est pas encore fait ! ;)
Le deuxième épisode de Music League sort le 18 avril 2017, et nous connaissons désormais l’équipe au complet. Nous aurons la chance de découvrir (de gauche à droite) Laëza Massa batteuse Pop Rock, Charles guitariste Reggae Busker, Sentinel Diego (ancien membre du collectif Sexion d’Assaut !) au chant rap et gospel ,Jessica V. Dallas violoniste Punk Rock, et Steve Cheney (aka VTM) bassiste Metal Groove.

Afin d’en savoir plus, Steve Cheney musicien multi-instrumentiste qui a participé au deuxième épisode de Music League et guitariste du groupe « Ubiquity Is The Answer » a généreusement accepté de nous accorder une interview afin de nous raconter son expérience durant cette journée pas comme les autres.

Steve, merci d’avoir accepté cette interview ! Guitariste et bassiste, tu as participé à l’épisode 2 de « Music League » en tant que bassiste. Pourrais-tu te présenter, nous raconter ton parcours musical et mettre en avant tes influences ?

Salut ! Je suis effectivement guitariste (mais je m’essaie également en tant que pianiste, batteur, et bassiste), j’évolue dans diverses formations depuis 1995 jusqu'à aujourd’hui, plutôt sur une dominante metal (INNERCHAOS, VOID THRU MATERIALISM, BEYOND THE PAIN,…), mais aussi des formations plus ancrées dans le rock (PRETTY JUNKIE, CLEA, MALEMORT, REPLAY (TRIBUTE TO MUSE), …). Ajouté à cela, de nombreuses collaborations ponctuelles dans d’autres projets (quelques compos pour KORUM, des prestations live en remplacement pour ASYLUM PYRE, T.A.N.K ou encore NEMOST,…), bref, j’arrête là parce que je pourrais citer encore pas mal d’autres aventures, mais tu l’as compris, j’ai un parcours musical de groupe assez conséquent.

A côté, j’ai aussi pu croiser énormément de musiciens par le biais du Home Studio, j’ai trainé quelque temps sous le pseudo VTM sur des forums tels qu’Audiofanzine ou guitariste.com, et cela m’a permis d’apprendre énormément sur l’autoproduction, et la façon d’exploiter au mieux les outils qu’un particulier peut utiliser. Cela a été une vraie école pour moi, et a réellement influé sur ma pratique de l’instrument, que l’on parle de guitare, batterie, ou autre…
Au niveau de mes principales influences, même si j’écoute de tout (avec une appétence marquée pour le Jazz manouche), mes racines sont dans le métal moderne et si possible un peu groovy. Je pense qu’il ne se passe pas une semaine sans que j’écoute un album de Meshuggah ou de Texture, et je me passionne pour les groupes qui évoluent dans les styles les plus modernes, tels que The Haarp Machine, Kadinja, Periphery, etc… Et comme mon parcours, mes goûts sont aussi assez variés, en ce moment, je phase pas mal sur Ghost, Muse et Royal Blood.


Comment en es-tu arrivé à participer à ce projet et qu’est-ce qui t’a motivé à relever ce défi ?

C’est venu un peu par hasard, à la base, ma participation sur le projet ne portait que sur un défi tout autre : la composition et la production du générique de l’émission. Tout est parti d’une annonce facebook de Gab, l’un des fondateurs du concept, qui cherchait quelqu’un capable de composer un titre simple, type jingle, et de le décliner dans divers styles (métal, rock, électro, jazz, etc…). J’ai répondu à cette annonce, et après quelques échanges, nous avons convergé sur ce qui est maintenant le générique de l’émission, construit autour d’un gimmick très simple de quelques notes, enregistré quasi direct live dans mon home studio ! Quelques temps plus tard, Gab m’a recontacté car il cherchait un bassiste capable d’évoluer dans plusieurs styles différents, je me suis dit qu’il fallait relever le défi encore une fois !

L’épisode 2 sort mardi prochain. Peux-tu nous raconter comment s’est passé cette journée, nous décrire tes compagnons et ce qui en est ressorti ?

Ça a été une journée riche et intense !! En fait j’appréhendais un peu, surtout que Gab m’avait vendu une collaboration avec des musiciens qui avaient déjà un certain niveau, qu’il fallait sortir un morceau en un jour, et qu’on ne savait rien des autres musiciens qu’on allait rencontrer… Pas facile, et je partais pas du tout gagnant en m’y rendant le matin (ndlr : surtout que ma voiture m’avait lâché la veille je crois bien) ! Arrivé sur place, j’ai croisé quelques candidats du tournage de la veille qui sont resté dormir sur place (dont un guitariste manouche excellent), et quand ces musiciens-là, avec leur niveau, te disent que pondre un morceau en un jour avec des inconnus est un exercice difficile, même pour eux, tu mesures un peu l’enjeu !
Au final, l’expérience s’est très bien passée ! J’ai rencontré des musiciens excellents avec la bonne personnalité qui va bien pour rester constructif, sans brider les idées. Je crois me rappeler que l’on a dû commencer par un Jam, histoire de se jauger un peu. Le jam sonnait tellement bien qu’on s’est dit que ça allait être facile ! Spoiler Alert : il a quand même fallu speeder un peu vers la fin ! Même avec l’excellent niveau technique de tout le monde, on se rend assez vite compte que le processus créatif demande toujours un peu de discussion, de compromis et de pragmatisme. Si la tentation de construire un titre très technique était là, il fallait quand même être productif et sortir quelque chose d’abouti et accessible à la fin de la journée. En cela, ça a été une expérience absolument géniale de tous travailler sur le même objectif, en mettant en avant une construction commune, plutôt qu’un showcase de talents individuels ! Humainement, on en apprend beaucoup, et on s’est vraiment tous « trouvé » ce jour-là.
A l’instar d’un épisode de Music League, penses-tu qu’une mixité stylistique très marquée entre les membres d’un groupe soit une bonne chose dans un projet au long terme ?


Au final, cet épisode de Music League m’a convaincu sur le fait qu’au moins ponctuellement, il est possible de faire travailler des personnes venant d’horizons variés (pratiquement opposés dans certains cas) sur un objectif commun. Dans ce cas, cela a même été l’occasion d’aborder la composition avec un œil nouveau, des pratiques inédites et un regard multiple sur le résultat. Il est évident que nous n’aurions jamais pu faire CE morceau avec 5 personnes du même bord musical. Savoir si cela peut devenir pérenne dans un groupe ou un projet au long terme, j’aime à croire que cela doit être possible, et même que cela arrive plus souvent qu’on ne le croit. J’ai énormément d’exemples d’amis qui viennent plutôt du métal et qui évoluent dans des formations pop, funk, jazz, etc… Je pense que chaque influence permet d’enrichir la musique ou son interprétation. Reste à adopter la bonne personnalité pour faire que cela marche sur la durée. Il y a là également une forme de renoncement créatif, genre « ok, je vais peut-être pas pouvoir placer un double sweep sur ce titre reggae, mais je peux peut-être apporter une solidité rythmique en appuyant les grosses caisses », etc… Et se satisfaire d’apporter sur quelques touches subtiles l’élément qui va faire la différence, tu vois le délire, quoi !


Créer une chanson en une journée est déjà un défi en soit. Mais avec 5 musiciens qui ne se connaissent pas, cela peut paraitre insurmontable. Cependant vous l’avez fait ! Il y a aujourd’hui partout beaucoup de musiciens amateurs qui démarrent leur première expérience en groupe et je suis sûr qu’ils aimeraient avoir des conseils dans ce sens. Qu’est ce qui selon toi permet à un groupe de travailler efficacement et sainement malgré les contraintes ?
Je crois que le meilleur conseil à donner à quiconque veut démarrer un groupe avec des personnes qui ne se connaissent pas, est de s’écouter avant de jouer. La musique live, c’est une interaction constante entre chaque membre du groupe, et celle-ci ne peut se faire que si l’on s’écoute. Mes premières expériences de jeu en groupe se sont concrétisées par des jams, où l’on passe des heures à boucler sur quelques tourneries, et à chacun d’insérer ses idées, d’essayer, de se planter, et de recommencer jusqu'à ce que ça marche. En termes d’efficacité, on a plusieurs approches possibles. La première, c’est la planification au plus possible, avec par exemple de l’envoi de partitions ou de maquettes en amont des répètes (plein d’outils existent aujourd’hui, et il n’a jamais été aussi facile de s’envoyer des idées à distance). Chaque membre du groupe veillera à échanger ses idées au préalable des répètes, et la répétition devient un lieu d’échange sur les idées, et de mise en place de parties apprises au préalable par chacun La deuxième, plus rock’n’roll, mais plus longue, c’est la compo collaborative, en studio de répétitions, sur la base d’une ébauche de compositions. Le plus difficile consistant à laisser de l’espace à chacun pour s’intégrer au processus créatif, car cela demande une maturité de groupe plus grande (tout le monde n’est pas une usine à riff, et à contrario même sans composer, un musicien peut apporter des critiques tout à fait pertinentes sur du matériel composé déjà existant, etc…). Enfin, il y a l’approche minimaliste, type jam, avec une bonne vielle grille d’accord, et laisser tout le champ libre à l’interprétation de chaque musicien. C’est un peu l’aventure, on a jamais l’impression de jouer le même morceau à chaque fois, mais ça promet aussi de belles surprises quand ça marche. Mon conseil dans cette approche-là, c’est quand même d’avoir du matériel d’enregistrement à portée, histoire de pouvoir noter après des arrangements qui fonctionnent, des enchainements d’interprétations qui marchent, etc…
On entend souvent que beaucoup de groupes explosent en raison de l’égo surdimensionné de certains membres. Mais d’un autre côté, certains disent qu’il est nécessaire d’avoir un leader avec un tempérament fort qui imprime la direction à prendre. Au regard de ton expérience, quel est ton avis à ce sujet ?

J’ai été également dans des groupes avec des personnalités trop affirmées, force est de constater que ça ne marche pas. Ça pète toujours au moment où un ou plusieurs membres pensent que leur avis compte plus que celui du collectif, et qu’il n’y a plus de respect du travail fourni par chacun. De mon expérience, ce qui marche le mieux, c’est une forme de démocratie participative, et que les membres convergent dans le même sens, tout en sachant adopter cette forme de renoncement créatif dont je parlais plus haut.

Beaucoup de personnes en dehors du monde artistique pensent que la création musicale est une question de talent inné et que seule une caste d’élus y arrivent. Qu’en penses-tu ?

La création musicale, à mon avis, c’est surtout du travail et de la persévérance. Ce qui est fascinant avec la musique, c’est que même les choses qui paraissent les plus simple cachent souvent une vraie sophistication d’écriture. On n’est pas tous égaux par rapport à l’écriture musicale, mais c’est vraiment accessible à tous. La création musicale est vraiment l’une des activités sur lesquels la mixité sociale et culturelle est absolue, on la retrouve dans le tiers monde comme dans les pays les plus industrialisés. Il est fascinant par exemple de se rendre compte que certaines figures rythmiques ultra élaborées de titres jazz les plus inaccessibles se retrouvent dans des polyrythmies de musiques traditionnelles africaines, jouées par des personnes n’ayant aucune éducation musicale. Tout le monde a déjà chantonné dans sa tête une mélodie, un rythme, qui vient comme ça, sans raison. C’est déjà de la création musicale !! Il y a une forme d’universalité qui me passionne dans tout cela, d’autant plus que les outils de production musicale actuels permettent de s’affranchir totalement de l’éducation musicale pour la composition, on vit une époque formidable !

Dans ta jeunesse, as-tu as vécu une expérience particulière te faisant réaliser que tu voulais t’investir dans la musique ?

Dans mon cas, c’est lorsque mes parents m’ont offert mon premier clavier avec séquenceur intégré, un Yamaha PSR-400, sur lequel j’ai pour la première fois commencé à composer réellement. Ça a vraiment été le déclic : ce sentiment incroyable de pouvoir écouter « en vrai » une musique que l’on avait dans la tête, jouer avec les orchestrations, faire des arrangements, c’est cela qui m’a donné envie de me lancer dans la musique, et de commencer à monter des groupes.
Similaré est aussi un blog traitant des cours de musique. Steve, est ce que tu te souviens de ton premier cours de guitare ? Est ce qu’il y a un prof qui a marqué ton parcours ?

Je suis autodidacte à la guitare, ce qui explique d’ailleurs ma tenue de médiator un peu particulière. Mon apprentissage de la guitare s’est fait sur la reprise de nombreux titres d’Iron Maiden. J’apprenais note à note chaque riff, puis, quelques accords, puis je m’attaquais au morceau global, pour finir par apprendre les albums en entiers !! Mon premier cours de guitare a eu lieu lorsque j’avais déjà 6 ans de pratique, et que je m’intéressais à la guitare manouche, un univers totalement nouveau pour moi !

Qu’est ce qui selon toi t’a permis de dépasser progressivement le stade de l’amateurisme musical pour devenir un musicien autonome pouvant faire la différence dans un projet artistique ?

Je me considère toujours comme un amateur en fait. Comme je dis souvent, ça fait 20 ans que je débute. J’ai toujours énormément de choses à apprendre, et je suis même loin d’avoir le niveau de certains amateurs de mon entourage. La différence par rapport à il y a 20 ans, c’est que j’ai un peu plus de recul sur ce que nécessite la mise en œuvre de mes idées (ou de celle des autres). Je ne vise pas une excellence technique à tous les niveaux, mais juste le nécessaire me permettant de ne pas me limiter ou me priver dans l’expression musicale de mes idées.

Je croise aujourd’hui beaucoup de jeunes ados qui ont des étoiles plein les yeux lorsqu’ils apprennent à faire de la musique et qui me disent « L’école me gave un peu, j’adore jouer de la guitare, et j’aimerai bien travailler dans la musique plus tard». Que leur répondrais-tu en toute honnêteté pour les conseiller ?

Aujourd’hui, dans mon entourage de musiciens pro, c’est simple, je n’en connais aucun qui ne travaille pas de façon acharnée, et qui ne considère pas son activité comme un réel travail. Travailler dans la musique, ça demande BEAUCOUP plus de travail qu’ailleurs. Les temps passés sont déments (je ne connais pas beaucoup de pros qui ne font que 35h par semaine par exemple), la paie en général pas ouf. Par contre, c’est une activité largement humaine, riche d’interactions et d’expériences. Cela demande beaucoup de détermination, d’humilité, mais aussi de passion. Pour ma part, je n’ai jamais passé le pas, et je suis toujours resté semi-pro par exemple, pour me permettre de garder la liberté de choisir mes projets. Bref, musicien pro, c’est « beaucoup de travail, comme pour un album d’Astérix » ©.

Merci Steve pour le temps que tu nous as consacré. Je te souhaite une bonne continuation dans tous tes projets artistiques !
Nous vous invitons à découvrir un des nombreux projets de Steve Cheney, Ubiquity Is The Answer avec le clip de leur titre "HalfMan"

En conclusion, nous vous rappelons que l’épisode 2 de Music League sort mardi 18 avril 2017 !

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Estiva Sanchez
Estiva Sanchez
Gérant de Similaré, agence organisant des cours particuliers de musique sur toute la France.

1 Comment

  1. Bablofil dit :

    Thanks, great article.

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